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La grande parade

La guerre des jouets n’aura pas lieu ? Et pourtant, les adultes ont du souci à se faire avec Franck Mercky. Bien sûr, un sèche-cheveux, un ventilateur, un pistolet d’hôpital, un grille-pain, un morceau d’aspirateur, c’est anodin. Il n’y a rien à craindre de ce côté-là. Détrompez vous. Quand tout ce petit monde est muni de roulettes, de dents, de rouages, de griffes, de peinture guerrière, de canon, ça rigole moins, ça grince même aux entournures. Ça se faufile entre vos jambes, ça vous frôle la tête en ricanant. Oui, levez les yeux, un peu, vers le ciel, pour voir. Un satellite passoire nous surveille de loin avec l’air de ne pas y toucher, pendant que des planètes rondouillardes pouffent dans les nuages. Un zeppelin bonhomme, lentement, évite de justesse en bâillant le passage hystérique d’un hélicoptères-insectes. Un gros bombardier tuyau d’échappement à tête de toucan file lourdement à basse altitude et un planeur tuyau de poêle, comme un jeu de mot brillantissime, survole le tout d’un air hautin.  Et, au sol, c’est pareil, c’est même pire. Des tanks à ressort avancent infatigablement vers un point de non-retour, des araignées de métal rouillé s’accrochent à tout ce qui bouge, des échassiers bouilloires aux pattes ventouses surplombent une armada de fers à repasser grouillant, alors qu’un sous-marin drolatique, échoué dans ses déjections pétrolières, se repose un peu. Tous ces petits monstres clowns, de métal-plastique-fil-de-fer-bois, naissent dans l’incroyable laboratoire du docteur Mercky. Et puis, un beau jour, ils s’échappent, reviennent sur les lieux de leurs crimes, mais génétiquement modifiés par le fol-artiste génial. Alors, notre société de consommation libérale à intérêt à bien se tenir.

Loïc Loeiz Hamon


J’ai l’impression que Franck Mercky n’aime pas trop ce monde des grands :

ces adultes qui s’prennent

pour des savants.

Aux administrateurs, directeurs, présentateurs,médiateurs, curateurs et autres téléviseurs,

il leur fait des sauts de singe. Il nous fait le ouistiti, on croit même qu’il va péter la télé, sortir sa sulfateuse ?

Heureusement que tout ça, c’est du toc.

Pour l’instant, il a crevé la chambre à air, se dégonfle devant l’tracteur.

Le caterpillar au placard.

Alors il se raconte des histoire de gosses en couleurs peintes sur du fer.

Bruits d’oiseaux, courses d’escargots, chant du ruisseau…

Il s’amuse à se faire peur comme tous les gamins qui jouent aux soldats :

Action Joe, Jéronimo…Tu te rappelles des fausses cicatrices faites à la colle « scotch » Non, non !

Tu ne tueras point mon fils ! La guerre en plastique.

Parfois dans l’tas de féraille, ça sent la moule qu’il a collé sur un seau de plage.

Dans le coquillage

T’entends la mer.

Non non non ! Le Franck Mercky fait l’acrobate, la roulade avant, en fait c’est un cœur tendre…

Armand Lestard


La manifestation

 « Qui répertorie ? L’amphibia, l’aspirator, le bazookor et les deux guerrillos ? Ben, je crois que oui…Je ne vois pas le cartor, l’invincible, le neutron et le cow-boy. Le piranha, le squale, le spacechar et le sussor sont déjà empaquetés dans le coin près du frigo. J’ai trouvé ceux qui nous manquent, ils trônaient sur le lit de la chambre des enfants ! Allume la télé pour savoir comment cela évolue. »

« …en direct de la place de la République où se sont regroupés la plupart des manifestants, on dénombre au bas mot, selon les organisateurs, deux cent mille participants, seulement quinze mille aux dires de la préfecture de police. La tête de la manifestation commence à se mettre en branle en direction de la place de la Bastille. Ils aboutiront au lieu vers 16 h au train où vont les choses… »

« Faut pas traîner les gars si on veut être là-bas avant eux ! Allons-y ! au trot et que ça saute ! »

« …le service de sécurité assure pleinement son rôle. Sur nos écrans, on distingue très nettement le cordon. Les hommes du syndicat chargés de surmonter les débordements portent un brassard rouge au bras. La marche se déroule dans le calme. Espérons que cela dure ! La police encadre, elle aussi, le rassemblement et coordonne le trajet. Le gouvernement devra analyser et  expliquer ce soir l’ampleur de la protestation… »

« Non, n’éteins pas la radio comme cela on saura à quel endroit ils se trouvent, cherche plutôt une place pour garer le camion. Ah parce que tu crois que c’est facile avec tout ce barouf ! Là il y en a une, elle est assez large ! quel pot ! »

« …la tête du cortège est maintenant aux trois quarts du parcours. La place de la république ne désemplit pas. J’imagine le trépignement de la foule impatiente qui attend … »

« Allez on déballe les sculptures. Comment on les dispose ? En ligne, en travers du boulevard. On bloque l’entrée de la place. Dans quel ordre ? Les canons au centre, les lasers sur leurs flancs, le sussor derrière les batteries comme la dernière bombe de recours et en soldats sacrifiés les guerrilos à l’avant. Ok, z’y go, on se presse avant que les flics nous repèrent ! »

« …la foule contestataire progresse lentement sans incidents majeurs, des habitants curieux sont descendus de leur domicile pour contempler cette masse bruyante bon enfant. Certains convaincus par leur cause grossissent la masse. Tiens c’est bizarre, on discerne mal une ligne sombre aux abords de la place de la Bastille ! Un barrage de policiers ? Une épreuve d’intimidation du corps républicain de sécurité ? Allo les studios ! Est-il possible de zoomer sur ce champ ? »

« On a tout placé. On se tire avant le boxon ! Allez ouste ! Tous dans le camion. »

« …Mais ce sont des armes ! L’armée a déployé un arsenal devant le cortège ! C’est inimaginable ! Cela va à l’encontre de la démocratie ! Nous ne sommes pas dans une dictature ! Je distingue des fantassins immobiles avec des armures bizarrement colorées. Est-ce possible ! Quelqu’un des studios peut-il contacter le ministère de l’intérieur ? On doit en savoir plus ! … »

« On a gagné ! On a gagné ! On a fait peur aux autorités ! Bouge le camion, faut pas qu’on se fasse embarquer ! je balance l’info à la presse et on récupère les jouets demain au commissariat devant les caméras ! on a touché ! »

Pascal Mandille


El toro

Je suis gentil mais il ne faut pas m’ennuyer. Je prends tous les objets à mon succès. Oui mais pas tous. Du moins ceux que je peux choper à la limite de mon corps. Je vais faire la guerre. Ben oui cela vous choque de faaaaaaiiiire du mal ! Moi non ! tout petit déjà j’avais envie. J’ai touché des instruments qui me permettaient de mal agir. On m’a donné les us et moi j’ai fait les coutumes ! Ah Ah  Ah ! Je rigole très peu ! Comment faire du mal me disais-je ? Eh ben, il suffit d’avoir les outils pour souffrir. On y va dans le fond ! Pas le choix. Tu veux voir un mort qui vit avant ? Ben oui. Comment ? Simple, tu prends un taureau débonnaire qui ne sait pas qu’il va à l’abattoir, qui ne sait pas pourquoi il est parqué dans un box, qui ne sait rien avant tout, ni qu’il va mourir, ni que sa naissance est programmée pour être achevée, pas pour connaître ses pairs en toute tranquillité, ni rien comme un bœuf on dit !

T’as préparé les barbarismes ? j’en ai plein ! Que de la violence ! Des armes, oui mon gars des armes plein les corbeaux volants. Je réponds à la demande quand tu veux. Je veux un tueur de bête, un équarrisseur de mal. Tu les as les bretteurs dans ta soute.  Ça va chier des bulles de sang, le glauque du moi en suspens. Le sang qui coule des veines, un fleuve de commun, on connaît la couleur et j’en mange avec mes amis. Aïe je pleure, je ne suis pas le taureau , mais je plie avec lui. Je ne suis pas un animal ami . Je suis El toro celui qui refuse les armes. Les toutes. Je suis subversif car non humain. AAAAAAAAAAAAAA ce n’est pas un pont. C’est mon pied au centuple, un pied qui se répète sur le carrelage. Klink, klink, klink. Un son répétitif sans fin, une dispose d’une cause qui gratte et qui meurt dans le sol. Je suis El toro le peuple à quatre pattes qui migre quand il peut fuir dans le maquis. Certaines fois il faut mourir, un des miens pour transparaître, Je suis un taureau simple. J’ai vu des guerres et des façons qui m’échappent. Ouille ouille la prise de tête ! Tout le monde n’en a rien à foutre du taureau ! C’est clair. La chair ensanglantée qui coule sur le sol est mal formée. Je… Réveille toi ! Eh tu te réveilles. Je suis El toro simple qui combat les piques dans le sang de ma gravité… Il me charrie ce piqué-mal, je l’honnis, il ne me connaît pas. Réveille toi Franck, il est l’heure !  Hein quoi ! Il est l’heure d’installer les objets dans l’arène ! Dans… Oui ! secoue toi un peu ! Tu dois poser les canons dans l’enceinte ! A d’autres, Franck est dans les vapes. Qu’allons nous faire ? Je propose que nous les placions et s’il a le temps, qu’il les dispose sinon nous les agencerons comme il l’a exprimé. Je suis El toro, la bête qui voit les formes…Tu nous saignes l’homme aux bombardes, la machine à couper les chairs, le sans-voix du bruit qui hurle. Je suis El t… Allo Franck, tu te bouges bon sang ! Y en a marre ! La corrida commence dans une demi-heure et tu n’as rien fait ! Qu’est qu’il a ? Je suis le faucheur qui cisèle, l’El Toro qui meurt  t par l’hélice, pris dans l’engrenage, qui affronte le boulet. J e suis celui qu’on tue et qui massacre ! Le vengeur sanguin, amour Ô amour de la fosse, excrément peureux. Je suinte l’horreur et l’honneur. Je suis El Toro, le mort à genoux, l’encolure sur la terre rouge… Verse lui de l’eau sur la figure. Franck, tu nous entends ? Vas-y verse tout le seau ! Il doit avoir chaud. Ca va mieux ? Il reprend ses esprits. Franck, ouh ouh ! Tu es là ? Mmmmm… oui. J’ai fait un drôle de rêve. Je me demande si c’est une bonne idée d’exposer des armes ! Quoi ?

Pascal Mandille